Dominique Lacoste - Sculpteur

Points de Vues

Dominique Lacoste...

1986 - exposition, Abbaye de Tournus
P
rofondément inscrit dans l'Histoire - de la préhistoire aux temps modernes - le travail de Dominique Lacoste interroge tout à la fois les limites de la perception et les différents champs de sens d'interprétation qu'il induit. Il serait trop facile de lire la succession des oeuvres de ce sculpteur, qui bien souvent regarde du côté de la peinture, comme une suite d'illustrations d'un foyer protohistorique (1985), d'un retable flamand (1991) ou d'une larme baroque (1998) pour remplacer le reliquaire volé de la cathédrale St Lazare d'Autun. Pourtant la force provocatrice des propos et écrits de l'artiste est susceptible de figer le "critique" dans ce type d'analyse. Souvent, d'ailleurs, les auteurs, qui se sont exprimés avaient pour vocation première - ou même comme métier - l'archéologie, la poésie, le sacerdoce... D. Lacoste assume volontiers les légers décalages sémantiques ou les détournements de son propos; il a aussi une vie ailleurs, hors de l'espace de l'art, qui lui donne autonomie, élargissement de ces champs d'intérêt et ressourcement. Cette cohérence dans sa "manière d'avancer", souvent faite de paradoxes, était perceptible déjà il y a près de vingt années.
1995 - Santiago du Chili - le radeau - cuivre, bois, fourrure - 4m x 6m x 2m
S
a réflexion sur les modes de vie et plus encore sur les fonctionnements de sociétés différentes par leur inscription géographique et leur positionnement dans le temps, est certes un vecteur de compréhension de sa démarche. D. Lacoste sait découvrir les thèmes récurrents qui lient la production "ouvragée" de l'homme, seul ou en groupe, à ses aspirations religieuses, à ses croyances, à son éthique. Il aime à tisser un lien avec celui-ci par le moyen "d'objets": grandes constructions (Sans titre - Château, 1991), de mobilier (Sans titre - Dais, 1990) de bijoux ou d'armes tels des offrandes. Le Radeau (1 995), réalisé pour le vaste musée d'art contemporain de Santiago de Chili quelque peu naufragé, avec son énorme tonneau et sa fourrure (ultimes signaux de vie?) Répond très exactement à la pièce baptisée dans un clin d'œil aux fresques de St-Savin-sur-Gartempe, Arche de Noé qui, elle, affirmait élégance et préciosité.
1990 - dais - cuivre, bois - 2,35m x 0,90m x 0,80m
E
n effet, pour D. Lacoste la notion de ce que nous appellerons sculpture, par commodité, n'existe pas. Le propos tenu reste celui du modeste interrogateur qui, par l'étude historique et archéologique, suggère les questions vitales ou métaphysiques réunissant dans des formes - des objets -, le Gaulois et le serf du haut moyen âge, le peintre à fresque du quattrocento utilisant les rudiments des architectures éclatées pour rendre compte des effets perceptifs et le virtuose de l'époque baroque qui reconstruit une image unitaire en produisant une anamorphose. Une autre des constantes des oeuvres de D. Lacoste réside en effet dans l'analyse perceptive dont elles résultent. Ses soucis de déjouer les lois de la perspective "classique" - née en occident dans la Florence de la Renaissance et très tôt relativisée par Léonard de Vinci. De même, si l'artiste contemporain prend en compte les nouvelles technologies pour traiter les espaces en trois dimensions, il fait peu de cas de leur application et préfère combiner les systèmes à points de fuite multiples ou la perspective cavalière plus déroutante. Dans l'utilisation paradoxale des systèmes de représentation, D. Lacoste aime à perturber les échelles de même qu'à proposer des formes archétypales qu'il invente comme autant de nouveaux symboles depuis les croix de Gand (1 988-1990) figeant dans un vaste polyptyque la multitude des églises de la ville hanséatique jusqu'à l'actuel gigantesque "goutte" en forme de larme pour St Lazare.
Montreuil sous Bois - le château - fer oxydé- 40m2
I
l revenait donc à l'artiste qui, brouillant les genres et les codes de représentation depuis les prémices de son activité, de rompre avec "sculpture" et "peinture". Souvent, en effet il préfère aplatir les formes, rabattre les élévations et choisir la palette des oxydations des patines du cuivre pour matérialiser des plans différents. Ou bien encore il choisira de créer pour un angle rentrant une échauguette, élément architectonique qui, fonctionnellement, doit se situer, par son principe défensif, sur un angle extérieur à vif. D. Lacoste est aussi l'artiste qui en 1992 a osé jeter à même le sol d'un "loft" de la banlieue parisienne "rouge", la tôle en fer découpée de son Château - en Espagne? - comme la proposition de ses rêves infantiles d'habiter une telle demeure ?

Marie Lapalus


 

P
ar le biais de la sculpture, le travail de Dominique Lacoste pénètre le territoire de la peinture (plaques de cuivre frontales patinées, arabesques abstraites des oxydations).
I
l décrypte, chez les maîtres du quatorzième et quinzième siècles Français, Italiens et surtout Flamands (Enguerrand Quarton, Giotto, Van der Weyden, etc…) le rapport étroit qui s'établit entre la virginité, élément sacré, protégé, isolé, par l'architecture paravent ou dais, accessoire même de la notion d'espace intérieur, fragile dans sa figuration (finesse des colonnes, absence d'épaisseur des murs et du toit pour ne citer que ceux-ci) et l'idée d'extérieur qui souvent interpose le profane à la nature, les règles de la perspective ne faisant qu'évoquer un ailleurs hypothétique, un éloignement de l'œil, mais aussi de la raison.
D
ominique Lacoste propose une hypothèse nouvelle d'un rapport à la peinture, questionnant l'architecture et la sculpture sur leur statut et leur autonomie.

Christian Gaussen


 

L
e sujet de l'œuvre est la culture, sans aucune distinction anti-démocratique entre le passé et le présent. En outre, bien que l'on sache que le passé est le passé, Dominique Lacoste nous le fait ressentir en tant que présent, ainsi que le fit Nietzsche (par exemple) lorsqu'il écrivit sur les présocratiques grecs. Textures et couleurs, entre mur et sol, bas-reliefs et hauts-reliefs rappellent aussi bien le Moyen-Âge que la préhistoire, et les finis donnent l'illusion de matériaux précieux. La technique du cuivre patiné sur bois est à la fois ancienne (rappelant les personnages religieux des façades de nos églises) et postmoderne.
L
acoste brouille les pistes en passant de l'échelle normale à l'échelle réduite des objets et éléments architecturaux pour créer des architectures mentales qui sont la forme du désir, des besoins et qui essaient de rejoindre certains fantasmes de la mémoire culturelle.

Hedwidge Asselin
« Une certaine nature morte ou des extraits du réel »
Espace 42-Winter97-98-Montréal-Québec

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